Le Qi, expression de la fluidité neuronale

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Quand le Qi entre en action

Selon le psychologue Albert Bandura qui a orienté ses recherches sur l’efficacité personnelle :

« La performance d’un individu selon une aptitude donnée dépend profondément de la manière dont cet individu perçoit cette aptitude. »

Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, qui a travaillé sur les « performances exceptionnelles » réalisées par les athlètes, musiciens, maîtres d’échecs, qualifie de « fluidité » le fonctionnement cérébral agissant au moment même de la performance. Ces experts qualifient eux-mêmes d’état de grâce cette sensation ressenti alors qu’ils réalisent leur prestation. Il semble qu’à ce moment, l’excellence ne demande plus d’effort à celui qui le réalise.

Pendant cette fluidité qualifiée de summum de l’intelligence émotionnelle, les émotions sont pleinement utilisées par le cerveau, dans leur forme la plus optimale : elles y sont maîtrisées, canalisées, mais également positives, chargées d’énergie et orientées vers la tâche à accomplir.

D’après les nombreux témoignages recueillis par M.Csikszentmihalyi, cette fluidité s’accompagne d’une joie spontanée, une sensation de bien-être immense, intrinsèquement gratifiante.

Il est étonnant d’observer d’ailleurs que, dans cet état de béatitude, la pensée rationnelle semble complètement absente. Le simple fait de penser met un terme à la fluidité et aux sensations qui lui sont associées. Dans cet état paradoxal de fluidité, l’individu est détaché de lui-même ; il est entièrement absorbé par ce qu’il fait et perd complètement son égo. Il est à la fois au sommet de sa performance sans en être conscient mentalement.

« Le Tao qui se nomme n’est pas le Tao. »

Les pratiques du Tao sont difficiles à conceptualisées par nos esprits rationnels et cartésiens car elles reposent à la fois sur des exercices corporels détachés de tout objectif, et à la fois sur des textes fondateurs conçus pour s’adresser à un niveau de perception pas complètement compréhensible par la raison pure.

 

D’après les travaux du psychologue, il existe deux conditions à l’état de fluidité :

La concentration. La fluidité est caractérisé par une concentration extrême de l’attention sur l’objet même de l’action portant à oublier tout ce qui se trouve autour. Ce qui engendre une sorte de boucle de rétroaction : la concentration engendre la fluidité et la fluidité génère une force amenant l’individu à s’abstraire de son environnement.

La difficulté. La fluidité semble se situer entre deux états : l’ennui généré par une tâche trop facile à réaliser, et l’anxiété généré par une tâche trop difficile.

« Quand tu atteindras le sommet de la montage, continue à grimper. »

Dans les pratiques chevaleresques (Wushu) comme dans les pratiques méditatives, l’enseignant guide la progression de son élève en le mettant dans un niveau de difficulté légèrement supérieur à son aptitude, l’accompagnant de mises en situations facilitant la compréhension intégrative des enseignements.

Attention aux émotions

Dans cet état de fluidité, l’attention est complètement détendu et focalisée. Mais cette attention est incompatible avec les poussées émotionnelles qui peuvent complètement déconnecter cet état d’absorption.

Une efficience spontanée

Ce qui est surprenant dans cet état de fluidité, c’est la consommation minimale d’énergie. Alors que les circuits neuronaux se situent dans leur fonctionnement optimal, l’énergie nécessaire à cette activité d’une efficacité maximale semble générer un état de repos et de réparation plutôt que de fatigue.

Minimum d’effort pour un maximum d’effets

Les pratiquants de Qigong ou de Wushu répètent inlassablement les mêmes formes, recherchant ainsi une maîtrise parfaite du mouvement dans un détachement total du résultat à obtenir. L’expression du Qi apparait ainsi au moment même où le cerveau rationnel déconnecte du simple geste pour atteindre un ressenti global dans une concentration parfaite.

« Le centre est partout, la périphérie est nulle part. »

Il est difficile de traduire en termes scientifiques les perceptions ressenties par les pratiquants expérimentés qui répètent inlassablement les mêmes formes. Il est question d’une spontanéité -Ziran- permettant l’exécution du mouvement dans l’absence d’intervention mentale. Quand l’apprentissage s’est intégré corporellement au point de devenir aussi naturel que la marche, l’énergie -Qi- se manifeste sans dépense d’énergie, voire même par une régénération -Sheng- entretenant l’état même de fluidité. Le Tao Te King, dont l’origine remonterait au sage légendaire Lao Tseu, exprime ainsi des éléments à la fois éclairants et intriguants :

Le ciel et la terre existent depuis longtemps ;

Cette  existence durable est justifiée

du fait qu’ils n’existent pas pour eux-mêmes.

Ainsi il peuvent jouir d’une vie durable.

De même l’être réalisé se met lui-même à l’arrière plan.

Dans cette attitude il se révèle toujours premier.

Il n’a pas soucis de sa vie et sa vie se maintient.

N’étant pas égoïste, peut-être se réalise-t-il lui-même.

Tao Te King, chapitre 7.

En ce sens, la pratique du Qi Gong (étude et travaille du principe vital) constitue une étude de soi-même et une compréhension intrinsèque de sa propre énergie.

Dans les pratiques énergétiques de santé (qigong), dans les arts, tout comme dans les pratiques sportives ou intellectuelles, nous œuvrons d’une même intention à mobiliser notre énergie avec le maximum d’intensité dans une direction précise, libérée de toute forme d’attachement. Là où va l’intention, l’énergie suit ; c’est tout ce qui importe et c’est tout ce qui fait la magie -Ming- de la performance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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