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Introduction

(Documents et illustrations extraits des Arts Classiques du Tao (www.tao-yin.com), archives de Georges Charles.)

Le Qigong dénomme une gymnastique énergétique composée de mouvements et postures réalisés avec une attention particulière portée sur la respiration et sur l’écoute des sensations internes. Elle développe progressivement le calme mental, la souplesse corporelle et la détente des contractions, et permet ainsi une meilleure circulation de l’énergie interne, favorable à une bonne santé générale.

La manière dont sont construits les exercices de cette gymnastique parait difficile à appréhender, elle fait en effet appel à une approche différente de celle des pratiques sportives ordinaires pratiquées en occident. En outre, il existe aujourd’hui un grand nombre d’école de qigong, cela accroît le côté complexe et énigmatique de cette discipline.

Certains diront « oui, c’est normal, c’est chinois et c’est très compliqué ! ».

Peut-on comprendre les grandes lignes et les principes essentiels de cette pratique multimillénaire ?

Je ne sais pas si c’est possible, mais je vais essayer… « si c’est compliqué, on peut essayer de simplifier » dirait Georges Charles.

L’antiquité

On emploi souvent le terme « antiquité » quand on ne comprend pas trop bien ce qui se passait il y a très très très longtemps ! Alors disons qu’il y a très longtemps, les hommes pratiquaient déjà des formes de gymnastiques qui avaient pour but de maintenir la santé, on les appelait les Yang Sheng Fa : « techniques d’entretien de la santé ».

De cette époque lointaine, nous avons une trace très précieuse : le tombeau de la Duchesse (ou Marquise) de Dai. Ce tombeau retrouvé à Mawangdui a révélé plus de 3000 objets et écrits traduisant la richesse des pratiques taoïstes de santé : pharmacopée, pratiques corporelles, calendrier énergétique saisonnier, etc. (http://www.tao-yin.com/tao-yin/mawangdui_duchesse.htm).

Duchesse Dai

Dame Xin Xui de Dai (Marquise ou Duchesse de Dai) reconstituée au musée de Chansha. Documents Arts Classiques du Tao, Georges Charles.

 

 

 

La Duchesse du Dai vécut au IIIe siècle avant notre ère pendant une époque tumultueuse : la période des royaumes combattants (475-221 av. J.C.) qui fut également une période de grande évolution sociale, politique, économique et culturelle. Période qui fut suivie des dynasties des Qin (221-206 av. J.C.) puis des Han Occidentaux (206 av. J.C. à 9 ap. J.C.).

L’inhumation de la Duchesse eut probablement lieu en 194 av. J.C. Outre le fait que la dépouille mortuaire était exceptionnellement bien conservée, l’autopsie montra également que, malgré la condition noble de cette dame qui impliquait une multitude de banquets et autres réceptions, cette dernière avait conservé une très bonne forme physique.

bannière Mawangdui Pratiques taoïstes de Tao-Yin (Daoyin) de Mawangdui (2eme siècle Av.J.C.). Documents Arts Classiques du Tao, Georges Charles.

Une des bannières pour le sujet qui nous intéresse est ce traité de Daoyin qui constitue le premier document historiquement daté d’une pratique de gymnastique énergétique de santé.

Les pratiques taoïstes

Les documents et objets retrouvés dans le tombeau de la Duchesse de Dai montrent l’existence d’une pratique très riche reliée à l’observation des phénomènes naturels. Le Tao Te King de Lao Tseu et le Yi King font partie de ces ouvrages qui ont guidé la pensée chinoise dans la compréhension des phénomènes : étoiles, nuages, diététique, phytothérapie, sciences politiques et sociales, arts culturels et arts de la guerre, etc. Finalement, c’est toute la pensée chinoise qui est rattachée à ces principes essentiels qui gouvernent les pratiques énergétiques :

• Le Yin/Yang.

• Les 5 éléments ou Wu Xing.

« Ce qui est en haut donne, le ciel ordonne ; ce qui est en bas reçoit, la terre et l’homme se conforment. »

Petit calendrier des Xia ou prescriptions mensuelles, adaptation de Georges Charles pour les arts classiques du Tao.

La pratique du Tao Yin Qigong enseignée au sein des arts classiques du Tao est issue des principes collectés depuis l’antiquité, compilés entre le Ve et le VIIIe ap. JC et codifiés entre le XIe et le XIIIe ap. JC.

On trouve ainsi les pratiques liées au principe yin/yang, à l’influence des saisons et aux 5 éléments. Elles établissent les principes pour la détente corporelle, la méditation, les automassages, l’action juste, l’attention sur la respiration, la circulation de l’énergie dans les canaux (appelés par la suite méridiens), etc.

Par la suite, de nombreux courants et personnages ont donné à ces pratiques un développement et un rayonnement avec toute la variété que nous connaissons aujourd’hui.

Vème siècle

Les pratiques Bouddhistes

Au cours de la dynastie Liu-Song (420–479), le moine Bodhidharma (?-536) venant de l’Inde transmis les enseignements bouddhistes et donna naissance au Chan chinois puis au Zen japonais via la transmission de Maître Dogen (1200-1253).

Bodhidharma développa deux grandes formes d’exercices de qigong :

  • Xi Sui Jing : Traité de purification des moelles.
  • Yi Jin Jing : Traité de transformation des muscles et tendons.

yi jin jing

Ces deux formes de qigong agissent sur les mobilisations musculo-articulaires et tonifient l’organisme. Elles constituent des bases efficaces pour les préparations corporelles avant la pratique d’un sport ou en sortie de la période hivernale.

Elles sont également à la source des pratiques chevaleresques (dites « martiales ») dans les temples Shaolin. Mais également dans le cadre de l’Interne de l’Externe (pratiques énergétiques) dites de méditations actives – Zhan Chan – littéralement « Zen debout ».

Le Yijinjing Xisuijing est transmis au sein de l’Ecole San Yiquan de Georges Charles dans une version classique du Shaolin du Sud transmise par le Maître Yuen Yik Kai, Patriarche du Hung Gar (Hongjia) dans les années 70 à Hong Kong.

Wing Chun

Parmi les qigong bouddhistes, on pourra citer également le Wing Chun -bien que cette pratique soit plus souvent comprise dans les écoles de Kung-Fu Whushu. L’école de Wing Chun (traduisez « école du printemps radieux ») vient de sa créatrice Yim Wing Chun, élève de la nonne bouddhiste Wu Mei. On retiendra surtout, pour la partie qigong, la forme dite de la petite compréhension « Siu Nim Tao » qui constitue encore un excellent programme de préparation et de renforcement musculo-articulaire.

XIème siècle

Yue Fei Ba Duan Jin
Au XIe siècle de notre ère, un homme d’action et notable lettré, le Général Yue Fei (1103-1142) créa une série d’exercices à partir des pratiques de santé utilisées par les lettrés. Il adapta ces exercices pour renforcer la santé de ses soldats postés au nord de la Chine en prévention des invasions mongoles.

Aujourd’hui, la série comporte 8 exercices et constitue les Yue Fei Ba Duan Jin, soit les huit pièces de brocard du général Yue Fei. (voir l’article sur les huit pièces de brocard : http://www.zenconseil.fr/huit-pieces-brocard/).

Ces huit pièces de brocard sont composées d’exercices reposant à la fois sur les principes taoïstes et sur des postures de tonification organique et musculaire. Pratiqués régulièrement, ils constituent un ensemble d’exercices riches et complets, accessible à tous.

Les arts chevaleresques

De même que le Wing Chun, de nombreuses écoles de Kung Fu Whushu ont utilisé les qigong comme techniques de préparation corporelle et ont développé des exercices spécifiquement destinés à la tonification et au renforcement pour une meilleure efficacité de leurs pratiques.

Les 5 éléments « Wu Xing »

Le terme de Wuxingquan « poing des cinq mouvements » fut utilisé par Guo Yunchen, par transmission de la forme du Liuheyiquan « poing de l’intention et des six harmonies » du Général Yue Fei.

Les exercices du Wu Xing Quan ont pour particularité d’associer le travail sur les 5 principes de transformation de l’énergie interne (Wu Xing Qi Gong), avec des applications allant jusqu’aux formes martiales, y compris l’utilisation des armes telles que le bâton ou la lance fondue à crochet.

On trouve ainsi les marches des 5 animaux, les 5 sceaux rituels, etc. Des qigong qui nous relient à la fois aux pratiques chevaleresques, aux arts énergétiques et aux rituels, si chers à Confucius !

Les 5 éléments mettent directement en relation la posture, le mouvement, l’intention, les mobilisations organiques, les saisons, etc. :

L’Eau

Sa saison, l’hiver : « Maintenir et conserver »

Extrait du Neijing IV(1) : « L’eau mouille, descend et devient salée. Ce faisant elle agit sur les reins et les os. ».

« Shui Xing Hua Dong Xuan : sous l’influence d’un mouvement, l’eau dissout et transperce. »(2).

Précision de Georges Charles : l’Eau dissout en interne et transperce en externe.

Le Bois

Sa saison, le printemps : « Jaillir et développer »

Extrait du Neijing IV(1) : « Le bois se courbe et se redresse en poussant. Il prend la saveur aigre et agit sur le foie, la vue et les muscles. ».

« Mu Xing Hua Dong Peng : sous l’influence d’un mouvement, le bois projette. »(2).

Précision de Georges Charles : le Bois régénère en interne et projette en externe.

Le Feu

Sa saison, l’été : « Gravir et contempler »

Extrait du Neijing IV(1) : « Le feu monte et se disperse, brûle et prend une saveur amère. Ce faisant, il agit sur le cœur et sur la circulation du sang et de la chaleur. ».

« Huo Xing Hua Dong Pao : sous l’influence d’un mouvement, le feu opère une sublimation et une explosion. »(2).

Précision de Georges Charles : le Feu sublime en interne et explose en externe.

La Terre

Sa saison, l’intersaison : « Nourrir et recentrer »

Extrait du Neijing IV(1) : « La terre reçoit les semences, donne les récoltes et engendre une saveur douce qui est en relation avec la rate et l’équilibre. ».

« Tu Xing Hua Dong Heng : sous l’influence d’un mouvement, la terre produit et contre. »(2).

Précision de Georges Charles : la Terre produit en interne et contre (contre-attaque) en externe.

Le Métal

L’automne : « Construire et égaliser »`Extrait du Neijing IV(1) : « Le métal obéit, change de forme et prend la saveur âcre, piquante. Il agit sur les poumons et sur le souffle. ».

« Jin Xing Hua Dong Pi : sous l’influence d’un mouvement, le métal cristallise et fend. »(2).

Précision de Georges Charles : le Métal cristallise (réunit) en interne et fend (sépare) en externe.

Wu Xing et yin yang

Le tableau du Yin Yang et des Cinq Eléments

En chinois : yinyang wuxing

  1. Neijing IV : vérités inscrites sur une cassette d’or.
  2. Georges Charles pour les arts classiques du Tao.

XVIIIème siècle

La découverte des Jésuites

Le père jésuite Jean-Joseph Amiot (1718-1793) parti pour Pékin en 1751, passa les 40 dernières années de sa vie en Chine. Il publiera, dans ses « mémoires sur les chinois tome 4 », des planches sur les « pratiques psychosomatiques des taoïstes » dans lesquelles il évoque des « attitudes du kong fou ».

attitudes gong fu père amiot

Les attitudes du « Cong-Fou » (Kung-Fu) du Père Amiot. La première représentation en Occident du « Qigong » (époque Louis XV). Documents Arts Classiques du Tao, Georges Charles.

XXème siècle

La médecine traditionnelle chinoise (MTC)

A partir de 1949, le gouvernement chinois décide d’utiliser les connaissances ancestrales dans le cadre de la médecine tout en cherchant à la moderniser. C’est un jeune cadre du parti communiste, Liu Guishen, soigné d’un ulcère par les pratiques internes (neiyanggong), qui servira de déclencheur à cette démarche.

Huang Yueting, chef des chercheurs au sanatorium, dénommera officiellement le 3 mars 1949 le terme de qigong lors d’une réunion de travail sur la santé.

Avec une équipe de chercheur, Liu Guishen établira les 3 principes actuels (San Tiao) du qigong moderne :

1. La discipline du corps

2. La discipline de la respiration

3. La discipline de l’esprit

Le gouvernement chinois

A partir de 1962, le gouvernement chinois exercera une pression pour réglementer les pratiques traditionnelles. Pendant la révolution culturelle, les pratiques familiales continuent dans la clandestinité. Certaines pratiques continuent en public grâce à la persistance de certains pratiquants et enseignants au risque de l’emprisonnement et des répressions.

Le qigong moderne d’aujourd’hui

Le gouvernement chinois réglemente de plus en plus les pratiques et autorise l’enseignement des techniques ancestrales qui ont fait leurs preuves auprès des autorités. Parmi ces techniques, sont autorisés :

  • Les huit pièces de brocard,
  • Le jeu des cinq animaux,
  • Le yi jin jing (qigong bouddhiste),
  • Le taiji santé,
  • Les 6 sons,
  • Huit pièces de brocard (Baduanjin).

ba duan jin loicLa pratique du Baduanjin (Pa Tuan Chin) par Loïc Rabault. © Zenconseil.

La multitude des différences crée l’unité

Il faut bien se rendre compte que ces séries d’exercices « autorisées » ne sont ni la totalité des qigong existant, ni l’unique version efficace de ces pratiques, mais simplement une possibilité parmi tant d’autres d’exécuter tel ou tel exercice.

De tous temps, les écoles traditionnelles se sont mutuellement enrichies et complétées, les maîtres taoïstes ont reçu, enrichi et transmis des pratiques d’une grande richesse.
Ces pratiques appartiennent au patrimoine culturel chinois comme cela a été reconnu pour le Xing Yiquan avec la Stèle érigée au Mémorial de Li Laoneng à Shenzhou dans le Henan http://www.tao-yin.com/nei-jia/Stele_WZM_GC.html

Un héritage transmis sans interruption

Les arts classiques du Tao ne se réduisent pas à une action thérapeutique mais constituent une pratique, un art de vivre, une étude profonde réalisée en soi-même vers un mieux être.

C’est ainsi que L’école Liuheyiquan fondée par le Général Yue Fei (1103-1142) fut transmise sans interruption par de nombreux Maîtres dont les derniers en date sont :

  • Maître Li Neng Jan (Li Luo Neng, Li Lao Neng) (1842-1919), chef de l’école Yiquan, initiateur de la forme évolutive du Xingyiquan ;
  • Maître Guo Yunshen ( Fo Jun Sha) (1864-1932), surnommé la paume divine ;
  • Maître Wang Xiangzhai (1885-1963), chef de l’école du Dachengquan et de l’école Yiquan ;
  • Maître Wang Tse Ming (Wang Ze Min ou Tai Ming Wong) (1909-2002), chef de l’école Lianhuanquan ;
  • Georges Charles (Cha Li Shi dans les généalogies chinoises), chef de file de l’école Sanyiquan depuis 1979.

photo Georges CharlesGeorges Charles : Shengren Daoshi (Maître Héritier de Cinquième Génération après Li laoneng).

Nous avons donc l’honneur recevoir un héritage transmis par des Maîtres reconnus non seulement par leurs pairs, mais également par tout un peuple qui reconnait dans ces pratiques l’héritage d’une tradition culturelle et ancestrale.

Nous avons la chance de pouvoir pratiquer ces arts énergétiques de santé. Nous avons le devoir d’en respecter les principes et s’il fallait commencer par le début, citons les 5 principes fondamentaux du salut :

  • Le respect de la pratique
  • Le respect de l’outil de pratique (le corps lui-même)
  • Le respect de l’espace de pratique
  • Le respect de l’enseignant
  • Le respect des élèves

« Il permet au pratiquant d’exprimer sa propre compréhension de la pratique. Quel que soit le niveau du pratiquant, il émerge du salut un certain reflet, une certaine image de la pratique. » (Xiang, Ricci n° 1859)  (transmission Arts classiques du Tao, G.Charles).

« Le secret ultime de la pratique réside dans la pratique et dans elle seule. » Guo Yunshen (transmission Arts classiques du Tao, G.Charles).

« L’enseignement de Maître Kong (Confucius) consiste en deux choses : s’élever soi-même et s’ouvrir vers les autres. » Wang Pi ( IIIeme siècle) (transmission Arts classiques du Tao, G.Charles).

salut san yi quan

ZenConseil © Loïc Rabault